Le bétail, contributeur de GES ou non?

Article 2 min

Les données sont multiples, et les moyens de les calculer le sont tout autant. Quelle est la réelle contribution du bétail au réchauffement de la planète? L’expert en changements climatiques Frank Mitloehner, de l’Université de Californie à Davis, éclaircit la question. Entretien.

Par DFC - PLC, Équipe Communications

Points saillants

  • L’élevage de bovins fait-il augmenter le réchauffement climatique, oui ou non?
  • Comment voyez-vous l’avenir de l’élevage de bovins?

Patrick Dupuis est rédacteur en chef adjoint au magazine Coopérateur. La version intégrale de l’article ci-dessus apparaît dans l’édition du mois d’octobre 2019 du Coopérateur. En voici un extrait.

 

Coopérateur : Pourquoi est-ce si difficile d’obtenir des données qui reflètent la contribution réelle du bétail au réchauffement climatique?

FM : C’est parce que nous sommes face à différents niveaux de complexité. L’un d’eux est associé à l’échelle utilisée. Certains se plaisent à décrire l’élevage agricole comme particulièrement négatif, et ils utilisent fréquemment des données mondiales pour caractériser l’impact régional du bétail sur le climat. À l’échelle du globe, l’agriculture produit 14,5 % des gaz à effet de serre [GES] émis par l’activité humaine. C’est la donnée véhiculée par ceux qui soutiennent la production de burgers et de lait de source végétale, et qui nous intiment de ne pas consommer les produits issus de la production animale. Cette donnée prête à confusion. Aux États-Unis, au Canada et dans les pays d’Europe, l’agriculture dans son ensemble compte pour 9 % des émissions de GES. La production animale est responsable de 3,9 % de ces émissions, et les productions végétales sont à l’origine du reste. Voilà déjà un premier niveau de confusion. Les promoteurs du « lundi sans viande », ou encore votre nouveau Guide alimentaire canadien, s’appuient sur des données mondiales pour promouvoir leurs idées.

Quelle est la principale source d’émissions de gaz à effet de serre?

L’ « éléphant dans la pièce », du moins aux États-Unis, ce n’est pas l’élevage, mais la consommation de carburants fossiles. Selon l’Agence des États-Unis pour la protection de l’environnement, la principale source de gaz à effet de serre est la combustion de carburants fossiles. C’est hors de tout doute. Le transport, la production d’énergie électrique et l’industrie sont responsables de près de 80 % des émissions de GES.

L’élevage de bovins fait-il augmenter le réchauffement climatique, oui ou non?

Tant et aussi longtemps que vous n’ajoutez pas d’animaux à vos cheptels, non. Si les troupeaux demeurent de la même taille, ou encore si vous en réduisez la taille, les émissions du méthane sont en équilibre avec sa dégradation, c’est-à-dire que la quantité de méthane produite est égale à la quantité dégradée. Nous n’ajoutons donc pas de nouvelles quantités de méthane dans l’atmosphère et nous ne contribuons pas à accroître le réchauffement. Il faut aussi mentionner que la hausse d’efficacité de nos élevages permet maintenant de produire une même quantité de lait et de viande avec moins d’animaux.

Que pensez-vous de la tendance à ne pas consommer de viande?

Seule une faible proportion de la population, à peine 2 %, souscrit à cette tendance. Plus de 98 % des habitants du Canada et des États-Unis consomment de la viande.

Comment voyez-vous l’avenir de l’élevage de bovins?

Conscients que les terres dont nous disposons pour produire nos aliments sont limitées, il nous faut savoir tirer profit des terres marginales, qui ne sont pas propices aux cultures. Pour produire de la viande, les bovins de boucherie ont la capacité de consommer et de digérer la cellulose des plantes qui poussent sur ces terres peu productives. J’ai 50 ans. Quand j’étais tout jeune, la planète comptait 3 milliards d’habitants. Nous sommes aujourd’hui 7,6 milliards. Nous serons 9,5 milliards en 2050. C’est trois fois plus. Mais les ressources pour nous nourrir ne tripleront pas. C’est pourquoi nous devons absolument utiliser toutes celles qui sont à notre disposition pour produire nos aliments. Il n’y a pas d’autres options possibles.

Sources

 

Cet article est une gracieuseté de Patrick Dupuis. Patrick est rédacteur en chef adjoint au magazine Coopérateur. Agronome diplômé de l’Université McGill, il possède également une formation en publicité et en développement durable. Il travaille au Coopérateur depuis plus de vingt ans.