Former la relève : entretien avec Deanna, productrice laitière de la côte Est

Article 3 min

Le secteur laitier canadien est en pleine transformation : de plus en plus de femmes prennent les rênes de la gestion des fermes, dirigent des organisations agricoles et jouent un rôle clé dans la progression de l’innovation au sein de l’ensemble de l’industrie. Tout au long de l’année, l’Année internationale des agricultrices, les Producteurs laitiers du Canada présenteront les témoignages de de femmes contribuant à façonner un secteur laitier canadien de calibre mondial.

Par DFC - PLC, Équipe des communications
Deanna

Points saillants

  • Deanna et sa famille prennent soin d'un troupeau de vaches Jersey de race pure dans leur ferme de 120 hectares (300 acres) située à l'Île-du-Prince-Édouard.
  • Le troupeau est fermé depuis sept ans, et c'est Deanna qui en assure la gestion.
  • Elle dirige aussi une association de race et la coopérative locale. Et elle est mère de quatre enfants.

Deanna, productrice laitière de l'Île-du-Prince-Édouard, gère un troupeau de 67 vaches de race Jersey sur une ferme de 120 hectares (300 acres) dont elle est copropriétaire avec ses parents. À l’échelle de la ferme, l'autosuffisance est prise très au sérieux : en plus de cultiver tous les fourrages et le maïs destinés à l'ensilage, d’exploiter 16 hectares (40 acres) de cultures commerciales, ils ont constitué, il y a sept ans, un troupeau fermé. Un troupeau fermé est un élevage pour lequel il n’est pas nécessaire d'acheter ou d'introduire de bovins provenant de sources extérieures.

Cette indépendance ne signifie pas pour autant que la ferme est refermée sur elle-même. Deanna est bien connue des producteurs laitiers et des éleveurs de Jersey de l’île et de toute la région, qui la considèrent comme une personne sur laquelle ils peuvent compter. Son travail à la ferme et à l’extérieur – sans parler de la tâche qu’elle partage avec son mari pour élever leurs quatre enfants de moins de 10 ans – la tient extrêmement occupée. Elle ne voudrait pas qu’il en soit autrement.

« C'est comme avoir dix onglets ouverts en permanence sur son ordinateur », a-t-elle déclaré. « Mais j'aime tellement mes vaches. »

Deanna 2

Qu'elles soient liées ou non à la production laitière, toutes les activités de Deanna convergent vers un même but : améliorer son troupeau.

Lorsque Deanna et ses parents ont acheté leur ferme familiale à l’Île-du-Prince-Édouard, ils ont commencé à faire la transition du troupeau de vaches Holstein vers des vaches Jersey. « Nous avons toujours aimé les Jersey et aimions travailler avec cette race », dit-elle.

Cependant, l’objectif d'en arriver à un troupeau fermé a d’abord été motivé par une nécessité financière.

« Au départ, c’est le coût du transport vers l’Île-du-Prince-Édouard qui a tout déclenché », explique-t-elle. « Le prix pour faire venir des animaux par camion rendait l’achat fréquent de vaches très difficile à justifier. Une fois que notre étable a été remplie de Jersey, nous avons cessé d’en acheter et nous avons simplement commencé à nous développer progressivement. Aujourd’hui, c’est moi qui prends toutes les décisions concernant les vaches, la génétique, absolument tout. »

« C'est devenu une véritable passion. Je connais chacune de mes vaches, leur histoire, leurs veaux. Surtout quand on a un troupeau fermé, on finit par s’attacher profondément à ces familles. »

Qu'il s'agisse de la toute première Jersey qu'ils ont achetée, de la première à avoir obtenu la note « Excellent » à l’évaluation génétique, ou simplement parce qu'une vache est la préférée de l'un de ses enfants, chaque membre du troupeau occupe une place particulière dans le cœur de Deanna.

« Nous avons actuellement des vaches Jersey de cinquième génération dans le troupeau, et c’est vraiment incroyable de voir à quelle vitesse le temps passe. Il suffit de lever les yeux pour voir trois générations se côtoyer dans l’étable. »

Le leadership au-delà de la ferme.

Deanna est une leader née. Lorsque son conjoint et elle se sont joints à l’industrie et se sont installés à l’Île-du-Prince-Édouard, Deanna est rapidement devenue un membre actif du milieu de l’industrie laitière au sens large. Aujourd’hui, elle est directrice régionale et membre de l’équipe de direction de son association de race, en plus de siéger au conseil d’administration d’une coopérative locale. Elle a puisé une grande part de son inspiration auprès d’autres agricultrices, dont beaucoup assument également des rôles de premier plan tant au sein de leur ferme qu’à l’extérieur.

« C’est mon amie qui m’a convaincue de me joindre au conseil d’administration de la coopérative », raconte Deanna. « Elle m’a dit que si nous voulions conserver notre coopérative locale, il fallait que les gens s’expriment et s’impliquent. Nous voulons tous que chacun puisse s’épanouir. »

Concilier ces obligations avec la traite à chaque jour et la vie de famille amène Deanna à mettre à profit ses talents naturels et ses compétences en réseautage, ce qui renforce l'esprit communautaire.

« Toutes les activités bénévoles auxquelles vous participez et toutes les personnes avec lesquelles vous travaillez permettent d’élargir votre cercle. Il faut être prêt à aller vers les gens et à écouter leurs conseils. Et puis tout à coup, on se retrouve avec tout un réseau de personnes sur qui on peut compter.

« Dans le milieu de la production laitière, personne ne cherche à nuire à ma ferme ou à mes vaches. Ce n’est pas vraiment une compétition. C'est une amitié vraie, basée sur l'entraide. »

Deanna ne considère pas qu’elle soit seule à avoir des compétences en matière de leadership. Elle estime plutôt qu’il s’agit de forces dont l'ensemble du secteur bénéficiera à mesure que les femmes prendront les commandes, que ce soit à la ferme ou au sein des organisations de la filière.

« Les femmes savent s'affirmer », assure-t-elle. « Nous réévaluons constamment nos priorités, et c’est souvent une aptitude très naturelle chez les femmes en général. Nous le faisons tout au long de la journée – à l'étable, au conseil d'administration ou à la maison. Et on n’y pense même pas et on ne le remarque pas vraiment. Nous ne réalisons pas qu’il s’agit en fait de compétences incroyables chez les femmes. »

À chaque ferme qu’elle visite, à chaque réunion à laquelle elle assiste et à chaque décision qu’elle prend pour son troupeau, Deanna fait partie de ces nombreuses femmes du secteur laitier canadien qui veillent à ce que ces compétences soient reconnues et mises en valeur.

 

DFC-UN-FR