Année internationale des agricultrices : un entretien avec Hélène et Lydie, productrices laitières, sur la relève, l'évolution de carrière et la gestion d'une ferme laitière

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Ce transfert de ferme est bien plus qu'une histoire de famille et dépasse le cadre familial : il témoigne de l’évolution sociologique et des transformations sur le plan de la relève, de la technologie et de la place des femmes à la tête des fermes agricoles.

Par DFC - PLC, Équipe des communications

Points saillants

  • Lydie gère un troupeau de près de 300 vaches et supervise 650 acres (265 ha) de cultures.
  • C'est sa mère, Hélène, qui a transmis à Lydie la ferme et la passion pour l'agriculture.

À une époque pas si lointaine, la transmission d’une ferme laitière suivait une ligne toute tracée : de père en fils. Pourtant, au cœur de l'Est ontarien, c’est une tout autre histoire qui s’est écrite sur la terre d’une famille qui œuvre en production laitière. Hélène et Lydie représentent deux générations de productrices laitières qui partagent le même métier et sont animées par la même passion.   

Leur histoire incarne une réalité encore bien trop rare dans le monde de la production laitière. Mais ce transfert de ferme est bien plus qu'une histoire de famille et dépasse le cadre familial : il témoigne de l’évolution sociologique et des transformations sur le plan de la relève, de la technologie et de la juste place des femmes à la tête des fermes agricoles.

« Dans la mentalité de mon père et de mon grand-père, c’était juste des hommes qui prenaient les fermes », affirme Hélène. « Transmettre cette passion et cet amour à ma fille, c'est un honneur. »  

Lydie and Helene

Défaire les préjugés et s'imposer : la passion de Lydie et l'amour de la terre 

Aujourd’hui, l'entreprise est entièrement gérée par Lydie. Elle gère un troupeau de près de 300 têtes, dont 130 vaches en lactation, et veille sur 650 acres de cultures consacrées au foin, à la luzerne, au blé, au maïs et au soya. 

Rien ne prédestinait formellement Lydie à reprendre les rênes si rapidement. Alors qu’elle poursuivait des études en agriculture à l’Université McGill, un imprévu est venu bousculer son parcours. « Pendant mes études, ma mère s’est cassé le talon. Je suis venue la remplacer à la ferme pour une session », se souvient-elle. Ce remplacement temporaire est devenu une révélation. « C’est là que j’ai vu que c’était ça que je voulais faire comme travail, que je voulais comme vie. »  

S'imposer comme femme à la tête d'une entreprise agricole d'une telle envergure n'a pas été sans embûches. Les préjugés ont la vie dure. « Au début, les gens ne me croyaient pas », raconte Lydie en riant. « Quand des visiteurs ou des fournisseurs arrivaient, ils demandaient à parler à mon mari. Mais mon mari ne travaille pas avec moi! Alors ils demandaient : « Mais ton père? ». Je leur répondais « Non, c’est à moi qu’il faut parler. »  

Parmi les défis propres aux femmes dans le secteur, la conciliation de la vie de famille et du travail à la ferme figure au tout premier plan. Mère de quatre enfants, Lydie se rappelle des années où ses tout-petits réclamaient toute son attention : « La conciliation travail-famille, parfois, ce n'est pas évident. Surtout quand les enfants étaient petits et que j'allaitais : je courais à la grange, puis je retournais à la maison. Souvent, la ferme passe en premier parce que c'est comme ça, mais les enfants ont suivi la routine et ils ont développé la passion. Aujourd'hui, ils adorent tous les quatre l'agriculture! »  

La technologie comme levier d'égalité et d'équilibre  

Pour gérer une ferme d'envergure avec plusieurs centaines de têtes et d'acres à entretenir, la technologie joue un rôle de catalyseur majeur pour alléger les tâches physiques.  

« Dans mon temps, tout se faisait à la main ou à la brouette. On soulevait les trayeuses lourdes au bout des bras », se rappelle Hélène. Lydie confirme cette transformation : « Avant, on faisait 20 000 petites balles de foin carrées à la main et on mélangeait l'ensilage à la fourche. Aujourd'hui, avec la mécanisation, les robots et les rails pour transporter les équipements, le travail physique est considérablement allégé. »  

Cette révolution technologique ne réduit pas seulement l’effort physique : elle permet aussi de mieux gérer la vie de famille et les exigences de la ferme. Lydie sait à quel point cet équilibre est précieux. « Les robots et les équipements efficaces font qu'au lieu de passer cinq heures à l'étable, ça en prend deux. Ça permet d'être à la maison pour le souper avec les enfants. »  

Inspirer la prochaine génération  

Pour Hélène comme pour Lydie, l’idée qu’une femme ne puisse pas gérer une ferme laitière au même titre qu’un homme est un mythe. Hélène rappelle d'ailleurs que les femmes ont toujours été le pilier invisible des exploitations agricoles. « Il y a encore une mentalité que la femme est juste bonne pour la maison et les enfants. Mais la femme peut être propriétaire, gérer une entreprise et des employés. Les femmes apportent une touche personnelle et un souci du détail. »  

Lydie renchérit avec force : « La femme est tout aussi capable. Elle excelle, et elle doit parfois performer davantage pour prouver sa valeur aux autres. Les femmes sont des gestionnaires, des rassembleuses, des entrepreneures et des gardiennes de la souveraineté alimentaire. »  

À l’intention des jeunes filles qui rêvent de se lancer en agriculture, le message des deux femmes est unanime : foncez. « Ne vous laissez pas décourager. Affirmez-vous, soyez déterminées, et la passion fera le reste », conseille Lydie. « Soyez vous-même et réalisez votre rêve. Des portes vont s’ouvrir. Mais n'oubliez jamais de prendre du temps pour vous et vos proches, car le temps ne revient jamais », ajoute Hélène. 

Alors que l'Année internationale des agricultrices met en lumière le rôle essentiel des femmes dans le monde rural, Lydie tient à rappeler le sens profond de leur engagement au quotidien : « Derrière chaque verre de lait, il y une productrice qui travaille avec passion, résilience et fierté pour offrir un produit sain et de qualité aux familles d'ici. » 

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